16. Archives juillet 2009

16. Archives juillet 2009
Si l'amour s'est tari comme un puits, les souvenirs eux se sont guéris entre eux. Ils ont fracassés les frontières des heures, des années. Ils se sont conjugués dans un présent imaginaire. J'ai prié ton absence pour qu'elle me soulage. J'ai crié C****** dans ma tête, pour te haïr. J'ai crié. J'ai pleuré ton nom et nos croyances. J'ai détourné mon chemin de tes prises, de tes avances, de tes messages envoyés avec cette innocence que tu feins si bien. J'ai pardonné ma souffrance d'être si fatigante. J'ai marché contre ton vent. J'ai tué en moi tout ce qui se reliait encore à toi. J'ai crié son nom. Encore. J'ai collé son visage derrière mes paupières. Je l'ai tuée mille fois en un été. Je l'ai torturée. Elle criait Juliette. Elle implorait mon pardon improbable. J'ai survécu dans son agonie. J'ai joué à souffrir pour guérir. J'ai joué à te fouiller, à te faire l'amour dans mes rêves pour me lasser. J'ai réussi à te réinventer. J'ai joué à te déguiser, à te défigurer, à te dessiner avec mes mains d'enfant. J'ai pris ton singe en peluche pour une poupée vaudou. J'ai enfoncé mes ongles, mes larmes dans son petit corps désarticulé. J'ai repassé aux feutres les photos de toi, j'ai brûlé certaines lettres. Mes routes fragiles, elles se pavaient de tes os, de ta chair comme terreau fertile. Ton sang la sève de mes arbres. Tes yeux mon soleil, et tes larmes mes averses. Mes routes fragiles. Celles dont les pierres se soulèvent, et les couleurs se délavent. Ces routes là, elles se peuplent de mes revanches, elles se transforment. Elles perdent leur essence. Tu n'es pas le bon paysage. Tu n'es pas ce qui leur faut. Elles sont capricieuses. Tu sais, ces impressions de ne pas tenir en place, de devoir bouger, de faire quelque chose, n'importe quoi. Et bien c'est ça. L'impatiente des routes.

Tu sais, il manque l'espace. L'espace pour marcher, pour grandir, pour respirer, pour souffler, pour hurler. J'étouffe. J'aspire à ce qui n'a pas de limite, à l'étendue.
L'amour m'avait manqué. L'amour m'avait déserté. Je le berce aujourd'hui comme un enfant, quand je sais qu'il ne me vient plus de toi. Mais d'un autre.

# Posté le dimanche 04 octobre 2009 07:06

15. Mom and Dad. 1990

15. Mom and Dad. 1990
Nothing more.

Everything could have been so, so perfect.

Just perfect. Perfect. PER-FE-CT.

I'm sorry. The strength was missing me. I was almost born but not enough to keep you together, and the idea of my existence wasn't sufficient.
I was the promise of love. Not the love.
I'm so sorry... For you, for myself. For us.

# Posté le samedi 22 août 2009 09:23

14. Prémices d'une nouvelle sur ce séjour Martiniquais et les iles aux sud, les iles Grenadines.

14. Prémices d'une nouvelle sur ce séjour Martiniquais et les iles aux sud, les iles Grenadines.
On est partit loin. C'est cette distance là qu'il fallait, cette distance qui ne resterait pas simplement géographique. Quand j'y repense, la première image qui me revient est celle de ces pélicans noirs .

Etienne, Philippe et moi. Au vent, sous le vent. Notre choix était rapide, sans détours, sans simagrées. Au vent. Des plages désertées, des horizons prémices d'infinis. Milles infinis. Milles mondes au delà du monde. Nos pieds engloutis sous le sable gourmand, le sable épais, le sable sous chaque pli de peau, le sable partout sur nous. Et la mer pour nous violenter, nous malmener. Puis, nous masser. Acceptés. En terrain étranger. Ce sentiment de liberté mêlé à celui de vulnérabilité. Qu'y avait-il d'autre à faire ? Le vent claquait, la mer écumait comme un étalon, roulait, fracassait, noyait, révélait, les arbres pliés, les pélicans noirs dans un ballet infernal, les mouettes comme des hyènes. Nous. Qu'y avait-il d'autre à faire ? Que d'être simplement là, à rouler dans des vagues meurtrières, à s'oublier mentalement pour se vivre physiquement, grisés par l'air, ivres de vent. Le rire noyait nos gorges, plissait nos joues ridées de sel, ouvrait nos bouches comme des grottes de falaises. J'entendais Philippe qui se faisait battre par l'écume et qui hurlait « Je n'en reviens pas ! ». Je ne sentais que ma culotte de maillot de bain me rentrer entre les fesses et le sable me recouvrir, la mer m'appeler. Comme des milliers de sirènes, comme un chant magique, mais pas maléfique. Au fond, tout au fond, la barrière de corail. Moi, je pensais « Quand soudain semblant crever le ciel, et venant de nulle part, surgit un aigle noir ». Etienne à ma gauche, Philippe à ma droite, cinq bons mètres entre chacun de nous. Laissant l'espace à la mer et au sable, laissant à nos corps la place pour se renverser, la place pour se déployer . Ecarter les bras comme un appel, une prière à l'océan, un signe de reconnaissance. Tant de temps perdu m'apparaissait. Tant de mes heures à me souvenir, tant de mes larmes pour lui, tant de mes regrets pour eux. Foutaises. Avec ça au fond des yeux, avec ce paysage, il n'y avait plus personne à regretter, personne à envier, personne à qui en vouloir. Il ne restait que ces minutes si riches qu'elles m'apparaissaient comme des heures. Il me semblait être ici depuis des années, de n'avoir vécu que de rafales, de risées, de roulement de vagues et de rires. Etienne n'en finissait plus de ramper sur le sable, pour échapper à l'emprise de l'eau, puissante. Au vent, et l'idée de retourner du bon côté du miroir ne nous a pas effleurée. C'est la chute de la nuit comme un drap, sa langueur sourde, tout ce qu'elle promettait de grand qui nous a sortit de la torpeur, qui a rappelé à nous le reste, les autres, la plage calme et son eau limpide de l'autre côté. Nos regards s'évitaient, on ne voulait pas y lire ce renoncement à l'essentiel, on ne voulait pas entendre le raclement de nos pieds sur le sable en nous relevant, on ne voulait pas de cet avortement, de ce manque qui nous pèserait, ce vent absent bientôt, le spectacle des pélicans fonçant comme des fusées dans la mer colérique, et en ressortir fiers et glorieux, entourés de mouettes, s'évanouir. Le ciel se faisait menaçant, l'air se rafraichissait. La violence s'emparait de tout. Peut-être de nous. La violence du refus qu'on aurait à nager vers le calme, la violence de la guerre des sentiments en nous. Ce massacre, ce génocide. Partir ou rester. On pensait tous à quelqu'un sûrement. Et le combat s'affairait, la haine hurlait. On avait peut-être aimé avec cette force là ceux qu'il ne fallait pas, on avait pardonné des fragilités chez les autres, des manquements. On était trois. A se demander ce qui à présent comptait vraiment. A chercher, dans notre dernier regard jeté à la plage, des réponses - Dites moi ce qui est à la hauteur d'une telle fureur, ce qui a cette force, qui m'évoque ça, qui m'emmène ainsi ? – aux incertitudes, aux fracassement du c½ur pour qui, pour quoi ? Des jérémiades, des gémissements. Comme des enfants. Non, ne partons pas, restons là. Etienne a proposé un feu. A proposé une nuit encore. Philippe avait les poches pleines de sable, ça faisait glisser son maillot, ça lui découvrait le bas des reins. Mais il ne voulait pas renoncer à ça, à ce sable issu du viol de l'eau sur lui, en lui, il ne voulait pas lâcher ça. Mes cheveux étaient emmêlés, on m'aurait cru sortie des abysses, secouées par le sable moi aussi à mon naufrage sur la côte, puisque mon crâne en était plein. On se regardait en marchant, on se disait « Si tu voyais ta tête ! » et on riait. Il nous restait ça. Les doigts fripés, la peau brunie, le maillot détendu de tous les côtés, les yeux brûlés de sel. On était pas présentable. On venait d'ailleurs. On avait vécu dix ans en une heure. On arrivait avec la nuit, on arrivait plus complices que jamais, empli de cette insouciance des gosses, de leur malice.

# Posté le lundi 10 août 2009 11:09

Modifié le mardi 11 août 2009 05:13

13. J'ai échoué. Mais je sais maintenant qu'en écrivant sur toi, je ne fais que me détacher de toi. J'apprends à te quitter aussi par les mots.

13. J'ai échoué. Mais je sais maintenant qu'en écrivant sur toi, je ne fais que me détacher de toi. J'apprends à te quitter aussi par les mots.
Lui, le poète, le visionnaire. Celui qui a les clefs, l'histoire comme une évidence. Je l'ai compris. Je l'ai avalé, lui et son amour des mots. Sa rage contre eux.
Je pensais qu'il n'y avait rien à regretter. Mais c'est tout le contraire. Il fallait chercher où était les erreurs, me consoler d'elles. Me guérir de mes faux-pas et de tes mensonges. J'avais besoin de ça. Reconnaître nos échecs. Ne pas les nier. Juste les accepter. Et te laisser partir. Te laisser partir oui. Complètement. L'absence nous a liés. Nous a grandis. Nous avons appris ce que c'était d'attendre, de ne vivre que par la pensée de l'autre, le réconfort de la présence mentale de l'autre en soi. Je t'avais dans la peau. Je t'avais partout. Chaque pas me semblait être les tiens. Chacun de tes projets sans moi me semblaient être une partie de mon propre vécu. On s'est aimé comme on ne pourra plus aimer. Pour une seule et unique raison. On ne connaîtra plus ce manque là. Ce besoin là. Toutes ces retrouvailles comme autant de nouveau débuts, de départs à zéro. On s'est aimé chaque fois pour la première fois. J'ai découverts ton corps des milliers de fois comme si je ne l'avais jamais sentit avant, pas même embrassé ni même frôlé. Nous nous apparaissions comme la plus grande des issues. Je t'ai aimé mille fois pour la première fois. Et nos départs étaient toujours des ruptures, des déchirements physiques et mentaux. Mais tu renaissais en moi. Tu étais immortel, intemporel. Et tu ne pouvais qu'être mort pour de vrai quand nous nous sommes réellement quittés. Tu ne renaissais pas, nulle part. Le vide en moi. L'absence de ton corps abstrait et concret. Cette place qui t'appartenait en moi, cette partie de mon ventre où je te portais, comme un enfant dont j'accouchais toujours en te retrouvant, est mort au fond de moi ce jour là. Tu n'es jamais revenu, tu n'as plus tendu les mains, ni pris de train. Tu étais encore là, à moitié né. Mais pas tout à fait. Et en ne revenant pas, j'ai nié l'échec, j'ai nié ton désamour, j'ai nié et il me semblait encore que tu vivais en moi. J'ai alors voulu te garder encore. Et un soir j'ai enfin accepté d'accoucher de toi, de cet embryon, ce bout de toi et qui était forcément le plus beau, le plus grand à mes yeux. Le reste je l'ai floué, oublié. J'ai perdu de vue tes faux pas, tes non-dits. Je n'avais en moi que cette partie de toi qui renaissait toujours la première. Ce que tu m'avais donné de toi et qui te permettais de grandir en moi infiniment. Maintenant je sais. Je sais qu'à mes yeux tu étais le même qu'il y a deux ans. Le même. J'aurais du me détacher de toi, de ce corps abstrait qui me peuplait, ce sentiment que mentalement rien ne pouvait nous déchirer puisque même ces 300km n'ont jamais eu raison de nous. Que pouvait-il nous arriver de pire que cet avortement des sentiments ? Ce naufrage. Je t'ai perdu là où j'avais le moins de chance de te perdre. Près de moi. On s'est tué. Et ces ecchymoses de l'amour dont je parlais il y a un an, je n'aurais jamais cru qu'elles prendraient forme ailleurs que dans mes mots. Je suis morte autant de fois que je suis née près de toi. Je me suis enterrée. Je me suis niée. Je me suis détestée sans toi. Aujourd'hui je m'exhume. Et la terre sur ma peau, elle me donne froid, et je me lave chaque jour en ayant cette impression dérisoire que c'est toi qui coule avec l'eau, qui tourne, tourne et s'échappe de moi. Mon tombeau, je m'en défais. Mon épitaphe n'était que la seule promesse que je ne me suis jamais faite. Celle de toujours céder à l'amour. Mais l'amour ne se réduit pas à toi. Et j'en suis convaincue aujourd'hui .J'ai compris qu'en perdant l'amour pour toi, je ne le perdais pas entièrement. Je ne le détachais que de toi pour le faire renaître ailleurs, différent, meilleur peut-être.

# Posté le dimanche 05 juillet 2009 19:20

Modifié le samedi 11 juillet 2009 07:19

12. L'échec - Yann Tiersen

12. L'échec - Yann Tiersen
J'aimerai voir notre echec.
Face à face un beau jour,
detailler sa personne,
en cerner les contours.

Et dans l'ambiance un peu crue
d'une ville en été,
lentement m'éloigner,
pour ne plus le croiser

me mouvoir dans la foule,
bienveillante ou hostile,
plaisanter pour une fois,
dans un supermarché.

Et les bras plein de courses,
sentir qu'on a enfin quitté le périmètre
de son ombre portée.

Reviendra le matin où la mine legère,
on mangeait des tartines,
la fenetre entrouverte.

On allait se laver,
bien plus tard en riant du retard
qu'on avait pris sur les autres gens.

Et le pas nonchalant,
le sourire bien en place,
on ira sûr de nous,
dans les rues familières,

vers un point de la ville,
un endroit inconnu,
retrouver là notre echec,
et son ombre portée.

Those songs which spoke about us.
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# Posté le vendredi 03 juillet 2009 06:27

Modifié le samedi 11 juillet 2009 07:19